Les matins sont pressés de m’écraser jusqu’au soir, les nuits sont pressées de me réveiller sans le vouloir. Comment arrêter le temps qui passe, comme fuir ces journées de lassitude, ne pas succomber aux habitudes, vivre au-delà du plus efficace, mon visage se ferme, mon esprit s’enferme, je me déface, je perd la face, je me déphase, je perds les phrases, j’ai mal à la tronche, je me détronche, j’ai mal au cœur et je m’écoeure. Je me détraque et j’ai le trac, je débloque et rejette tout en bloc, je me démène et pourtant, qu’elle vie je mène, je me déteste et pourtant je me teste, je suis débile, je dégueule de la bile, j’ai la gueule à l’envers, le teint blême et presque vert. Je me découple et je suis en couple, je me détruit et me dégoûte. Je voudrais changer une seule chose dans ma vie, cette goutte qui va couler sans même faire déborder ce trop plein de plus rien à foutre. J’en ai mal au ventre je dit stop, je dit arrêt, fini de faire couler cette encre excré-menteuse, cette déferlante juteuse de lignes mal remplies qui dégoulinent de ma vie. Je dégaine, j’ai la flemme, une main sur la détente et l’autre sur la queue, vise entre les deux yeux au regard de haine, il est affreux cet avenir qui se déchaîne. Je suis moi et rien n’y changera, si je pouvais je viserais plus bas. Je ne vais me détruire ni même me fuir, je me regarde bien en face et m’affronte, je dégaine et me flingue, mais non je ne suis pas dingue, je suis moi et rien n’y changera, moi m’aime contre moi…